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 Recoller les pots cassés, ou les briser un peu plus (Louis)

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MessageSujet: Recoller les pots cassés, ou les briser un peu plus (Louis)   Hier à 2:13


Recoller les pots cassés, ou les briser un peu plus
feat. Louis Evans

Y a dix ou vingt ans, Allan, t'as lancé un boomerang dans la vie. Un boomerang de conneries. Et t'en as pas conscience, alors que le maître d'hôtel vous conduit à votre table, mais il est sur le point de te revenir en pleine face dans genre, huit minutes.

Dans quelques mois, tu repenseras à tout ce que tu as vécu ces dernières semaines, et tu te feras la réflexion que c'est dans ces eaux-là que les choses t'ont échappé, et que ta vie est royalement partie en couilles. Oh, pas que la situation ait été parfaite avant. Ton existence, depuis le divorce, c'est un peu comme un dérapage filmé au ralenti — ça prend bien son temps, mais les chances de retrouver l'équilibre sont quasi-nulles, et, à la fin de la séquence, tu vas inévitablement te casser la gueule. Mais ce dont tu te rendras compte plus tard, c'est que t'es en train de vivre la période durant laquelle quelqu'un a soudainement décidé d'appuyer sur « avance rapide ». Tu te demanderas alors quel aura été le véritable élément déclencheur — cette soirée, y a quelques jours, dont t'as plus masse de souvenirs, si ce n'est celui de t'être défoncé la gueule dans un bar bien trop miteux pour tes standards ? Ce cocktail de charité auquel tu vas assister la semaine prochaine, et où tu vas faire la rencontre de Cole Thompson juste avant que les événement ne dégénèrent dans une chaotique brutalité ?

Ou aujourd'hui, tout simplement.

Pour l'instant, tu ne te doutes de rien — là, la vie est belle, et toi, Allan, tu es beau également. Ce midi, c'est la fête — alors que les déjeuners de travail dans les plus luxueux restaurants sont généralement réservés aux rencontres avec les clients, vous avez décidé de vous faire un petit extra entre collègues, histoire de célébrer le bilan juteux de ce trimestre, et les bonus que vous allez en tirer. T'es en présence d'un type fraîchement arrivé dans l'entreprise, que t'es là pour impressionner, et d'une brillante collègue qui veut te voler ta promotion, que t'es là pour écraser. Tu t'apprêtes à passer un excellent moment, et, sourire de salopard aux lèvres, à subtilement rabaisser les autres pour t'élever un peu plus — faire des dégâts et être toujours bien dans ta peau à la fin de la journée, n'est-ce pas là ta spécialité ?

Tout va bien, Allan — pendant encore quelques minutes, tout va si bien. L'ambiance est délicieuse et, si c'est la première fois que tu poses un pied en ces lieux, tu sais reconnaître au premier coup d’œil un restaurant qui ne va pas te décevoir — tout ici crie mets de qualité, et service impeccable. Tu aperçois d'ailleurs, en périphérie de ton champ de vision, un serveur se diriger vers vous pour prendre votre commande. La perspective d'un repas dont l'addition comportera trois chiffres, et celle d'une discussion au cours de laquelle tu délivreras des compliments qui te mettront plus en valeur que la personne à laquelle ils seront adressés, que te faut-il de plus ? Tout est parfait, et tu es d'humeur rayonnante.

Tu refermes la carte des vins avec satisfaction, et lève les yeux vers le serveur.

Tu sais ce qu'on dit des boomerangs, Allan. Quand on les lance, ils reviennent avec deux fois plus de force.
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MessageSujet: Re: Recoller les pots cassés, ou les briser un peu plus (Louis)   Hier à 6:36


Recoller les pots cassés, ou les briser un peu plus
feat. Allan Daniels


C'était étrange de reprendre le travail après autant de temps, étrange mais pourtant rassurant, rien n'avait vraiment changé en ton absence, tous tes repères étaient toujours présents, les mêmes collègues que tu aimais plus que tout au monde, la même patronne qui avait embauché le mioche paumé que tu étais il y a six ans, les mêmes clients plein aux as qui venaient dépenser des sommes à trois chiffres pour du jus de raisin alcoolisé et trois feuilles de salade bien présentées, même toi tu n'avais pas vraiment changé, c'était comme si rien ne s'était jamais passé, comme s'il n'y avait pas eu de fusillade, comme si tu ne t'étais pas pris une balle, comme si tu n'avais pas failli y rester.

Tu étais dans les vestiaires, en train d'ajuster ton uniforme, remontant bien les manches sur tes poignets pour cacher ton tatouage de gang, lorsque ta patronne t'annonça que c'était l'heure de débuter ton service. Une fois en salle les choses revenaient tellement simplement, les gestes aussi, sourire, être aimable, leur accorder l'attention qu'ils recherchaient, les encourager dans leur impression d'être privilégiés, tu étais doué pour ça, tu l'avais toujours été.
Quittant la table d'une petite mamie, une habituée que tu appréciais probablement autant qu'elle-même semblait t'aimer, tu te dirigeas vers la table suivante, absolument inconscient du drame qui se préparait. De là où tu étais tu ne distinguais que trois personnes, deux hommes et une femme, quadragénaires, quinquagénaires peut être, tu n'étais pas très doué pour déterminer, en tous les cas rien de particulier à signaler, des clients comme tu en voyais des milliers chaque jour et que tu oublierais, c'était ce que tu pensais mais à mesure que les traits d'un des hommes devenaient plus clairs, une désagréable impression de déjà vu commençait à s'insinuer en toi, sans pour autant réussir à déterminer d'où elle venait, ce ne fut qu'en arrivant à quelques mètres à peine de la table que tu réalisas, que son identité te heurtas, cherchant du regard rapidement quelqu'un pour te remplacer, un collègue, ta patronne, peu importait vraiment, tu ne voulais juste pas l'affronter, pas aujourd'hui, pas maintenant, pas comme ça, mais tu avais beau scruter la salle du regard, tous tes collègues semblaient bien trop occupés.

Ta première réaction fut de te dire que la dernière fois qu'il t'avait vu tu n'étais qu'un enfant, à peine un adolescent et que si par un miracle quelconque il se souvenait de toi, il ne te reconnaîtrait pas, il suffirait juste de prendre sur toi et de le servir comme un client lambda  mais à mesure que tu approchais tu réalisais à quel point tu te surestimais, à mesure que tu approchais c'était les souvenirs de ton enfance qui revenaient car cet homme, à cet table, cet homme qui avait visiblement les moyens de se payer un restaurant cinq étoiles alors que toi tu ne pouvais jamais qu'y travailler n'était nul autre que ton oncle, nul autre que la seule personne à qui tu avais demandé de t'aider et qui ne l'avait jamais fait préférant croire ce que ton père racontait, préférant croire ses mensonges, toutes ses excuses, ses prétextes pour te maltraiter.
Louis ? c'est compliqué. Il ne fait pas d'efforts. Tu sais comment il est. Trop sensible, menteur, feignant.
Tu les entendais encore et encore ces mots , tu les entendais comme un lointain écho du passé au point de ne même plus entendre le brouhaha constant du restaurant, les cliquetis de vaisselle si habituels pourtant, tout revenait, surtout la colère, une colère qui était probablement plus dirigée contre ton père que contre Allan, Allan qui n'avait rien fait d'autre qu'être un complice muet mais c'était plus fort que toi, à cause de ça, à cause de ces années là tu n'avais jamais été capable de te construire convenablement, tu avais fini par rejoindre un gang pour te sentir ne serait-ce qu'un peu aimé, tu avais dû fuir, tous les abandonner et pire que tout ça c'était aussi à cause de ces années, de l'image minable que tu avais de toi-même que le jour de la fusillade tu avais essayé de prendre une balle volontairement, pour pouvoir faire passer ça pour un accident, c'était à cause de ton enfance, à cause de ton père mais aussi de ceux qui avaient regardé sans rien dire que tu avais failli mourir.
Tu essayais pourtant, tu essayais réellement de ne rien dire, tu essayais de garder ton sourire face à eux, te raccrocher à l'image de Flavia, de Gabriel, te forcer à relativiser, te dire qu'après tout tu allais bien maintenant, c'était terminé, mais ce n'était pas assez.

« Bonjour, vous avez fait votre choix ? »

A peine ces mots prononcés tu finis par craquer, baissant le ton afin que  personne en dehors de ton oncle et ses amis ne puisse t'entendre, tu plantas tes yeux beaucoup trop clairs dans ceux de ton oncle, les mots, assassins, franchissant tes lèvres uns à uns sans que tu ne puisses les retenir, sans même essayer de les retenir, c'était trop d'années de haine, de colère et de désespoir qui sortaient sans que tu ne puisses vraiment le contrôler.  

« Je te jure que quoi que tu commandes je m'arrangerai pour que quelqu'un ait craché dedans avant, ou pire, si je décide pas plutôt de te le renverser sur la gueule. C'est peut-être bon pour la peau un vin hors de prix, tu crois pas ? Ce serait bête de jamais le découvrir. Tonton.»


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